L’église
Par Jean-Louis Griveaux. Paru dans le bulletin n°8 de Histoire et Généalogie du Beaujolais.
D’après les documents d’école de 1940-41 de Mme Marthe Faudon épouse Ménichon, et d’autres documents d’auteurs inconnus.
À l’origine, il ne devait exister qu’une chapelle en bois près du château du Châtelard.
Rq: L’église a été construite contre les remparts de l’ancien château médiéval du Châtelard : seuls subsistent aujourd’hui ces vestiges sur le flanc nord de l’édifice. Ce positionnement témoigne de l’ancien rôle de Lancié comme place forte au Moyen Âge, entre le diocèse de Mâcon et les seigneuries du Beaujolais et du Mâconnais. (archives.rhone.fr).
En 1304, la construction débute sous le vocable de saint Julien (chrétien décapité par les Romains au IIIème siècle à Brioude en Haute Loire). Le desservant à cette époque était l’abbé Ternorchi.
Elle était à l’origine en forme de croix, avec l’autel au centre. L’église primitive de style roman dut exister jusqu’en 1792. De cette ancienne église il ne reste qu’une partie de la façade, dont on voit le contour du mur d’entrée, avec sa rosace qui se trouve en dessous de celle actuelle et le bénitier extérieur portant l’inscription MFP. Une énigme demeure, c’est la hauteur du bénitier, une hypothèse pourrait être le décaissement de la place lors des travaux d’agrandissements. Ce bénitier était prévu pour les excommuniés qui n’avaient pas le droit de pénétrer dans l’église.
À cette date la cloche qui était cassée, a été remplacée par une cloche d’un poids de 1200 kg. Le clocher à cette époque comportait sur chaque face deux ouvertures à arcades romanes et son toit était en zinc.
Pendant la révolution l’église fut dévalisée.
Le 7 Frimaire 1793 il a été proposé à l’inventaire, l’argenterie de l’église :
- 5 pièces en argent dont ; 2 ciboires, 1 calice, 1 ostensoir tenant 2 livres 14 onces, 1 lampe 9 onces et demie, 10 chandeliers, 2 petites croix de cuivre, 3 encensoirs cuivrés, soit 70 livres.
Le 2 Messidor an II on dresse la liste des objets devant être rendus :
- Débris de la croix de pierre de taille étant dessus le cimetière de Lancié,
- Une espèce d’armoire en bois servant à tenir les bannières,
- L’autel en pierre marbré,
- Le bénitier en pierre de taille avec pieds,
- Une coupe fond baptismaux en bois,
- Un vieux cadre en bois, un vieux tabernacle,
- Une pierre de taille servant d’autel à la chapelle,
- Une mauvaise commode,
- Un petit buffet,
- Une coupole,
- Autre vieux tabernacle,
- 3 livres de messe,
- Un marchepied et un prie Dieux,
- Deux falots, une machine à couper les hosties,
- Un tabernacle en pierre marbré,
- Deux cierges artificiels,
- 4 bâtons de bois et autre de croix,
- Débris de la croix des Nugues,
- Débris de la croix du Penlois, – Débris de la croix de Bonnerues, – Une espèce de mauvais miroir.
Le 19 Frimaire an II, a été emporté au district de Villefranche toute l’argenterie et cuivrerie, calice, ciboire, ostensoir, lampe, pesant 9 onces et 66 livres de cuivrerie et une cloche descendue par ordre de la municipalité.
Le 17 Floréal, devant d’autel, une barrière de fer, 2 bannières, 3 chapes, 2 draps de mort, 11 chasubles, 2 rideaux intérieurs, 3 aubes, 1 surplis, 16 nappes, (tais), 8 livres de plomb et 20 livres de cuivre jaune.
Le district non satisfait, demande s’il reste quelque chose à rendre à l’église, le conseil qu’il existe quelques (effets) et les débris de croix de pierre de taille. On fera l’inventaire de tout à qui pour être vendu et de ce qui doit rester au peuple de la raison pour son monument et celui de la société populaire de la commune.
Les textes ci-dessus sont les copies des textes de l’époque:
Deux clochettes ayant servi aux processions seront utilisées, l’une pour ramener l’ordre dans les séances municipales, l’autre à la société populaire.
Le confessionnal servira de guérite à la porte.
Il y a à ce moment 3 curés dans la commune :
Benoît Baritel, ancien curé d’Igé, âgé de 81 ans (résidant) depuis 12 ans à Lancié, inscrit au nombre des pensionnaires de la nation pour une somme de 400 livres, accordés aux ministres démissionnaires. Était bien disposé dit-il en faveur de la république, il abandonne à la nation la moitié de cette pension si les représentants du peuple souverain jugent à propos de la lui autoriser.
Baritel, ancien curé de Dracé 30 ans résidant à Lancié ayant renoncé à ses fonctions et déposé ses titres de prêtrise au district de Villefranche.
J.B. Marchand, signalement 52 ans, 5 pieds 1 pouce, cheveux, sourcils châtain clair, yeux noirs, nez petit, bouche ordinaire, figure ronde.
Le 23 Fructose an III il préfère vouloir exercer un culte catholique apostolique et romain. Le 19 Brumaire an III il prête serment « je jure que l’universalité des citoyens français est souveraine et je promets soumissions et obéissance aux lois de la république ».
Il est emprisonné à Villefranche et le 17 brumaire 1794 le conseil général de la commune réclame sa libération « car c’est un citoyen instruit et qui rendra des services ». En 1845 un projet d’agrandissement de l’église est décidé, le coût de cet agrandissement est de 12000 livres dont 4000 livres par souscription.
En 1860, la construction des bas-côtés de l’église actuelle est réalisée, et la restauration intérieure a été confiée à l’architecte lyonnais Mr Georges.
De 1863 à 1868 un devis de 5600 livres pour la construction de la flèche pour le clocher. La partie supérieure construite dans le même style comporte quatre arcades romanes sur chaque face, et la flèche est flanquée de quatre clochetons.
En 1864, construction d’un escalier sur la place de l’église.
En 1867, pose de l’horloge et de la cloche qui donne le mi.
Sur cette cloche qui donne le mi on peut lire cette inscription :
« À la paroisse de Lancié M. et Mme Ive Balmont en mémoire de leur fils chéri ».
J’ai pour parrain M Lucien Trône capitaine, marraine Mme Claire Vilcoq, veuve de Jules Balmont fils.
« Je m’appelle Claire Marie Lucienne.
« Curé : Philippe Laragon.
« Maire : Étienne Robert.
« Adjoint : Philibert Dury.
« Burdin fondeur à Lyon en 1867 ».

Il existe une deuxième cloche plus petite qui porte l’inscription en latin : « Tubilationis ». À l’étage, dessous les cloches on trouve un clavier qui permet de sonner en carillon sur les deux cloches.
En 1933 le mécanisme de l’horloge est électrifié. Elle sonne les heures sur la grosse cloche, celle qui donne le mi.
De 1996 à mars 1999 des travaux de rénovation importants, à l’intérieur et à l’extérieur sont réalisés.
À l’intérieur de l’église on trouve de nombreuses œuvres d’art. Les vitraux sont remarquables. Dans le chœur l’un représente le Christ et un autre St-Paul, et sont le don de Mr Chamonard. Le troisième qui représente St-Pierre a été donné par Mr Lafond. Parmi les 9 autres vitraux répartis autour de l’église, un vitrail a été donné par Mme de Vauxonne en 1856, il est du peintre verrier Mr Fagonoir.

L’autel est de marbre blanc, des stalles de bois entourent le chœur et sur la chaire en bois sculpté, on retrouve les représentations des quatre évangélistes et des trois vertus. La barrière de la table de communion porte la date de 1813. À l’origine sur le fronton, actuellement sur les côtés, on peut voir deux statues en bois doré, une représente saint Roch, l’autre sainte Philomène. Une troisième de la même époque est aussi en bois doré et représente la Vierge.


Dans le milieu il y avait un beau lustre et un autre plus ancien et plus petit, ils n’ont pas été remis lors de la rénovation de l’église.
Au-dessus de la table de baptême un tableau représentant la résurrection de saint Lazarre du XIXème siècle, mérite une attention particulière.
Au-dessus de la porte d’entrée, à l’intérieur on peut voir un christ en bois sculpté polychrome sur sa croix. Il date du XVIème siècle (Il a été restauré en 1998).
Le confessionnal transformé en vitrine vaut le détour. De nombreux éléments ayant servi aux offices y sont regroupés. En effet, on trouve dans la partie gauche une chasuble brodée du XIXème siècle; dans celle du milieu, un encensoir en bronze argenté du XIXème siècle, un ostensoir, une lunule (petite boîte contenant l’hostie consacrée), des chandeliers en bronze doré datant du XVIIème siècle et enfin, dans la partie droite, on note un ciboire et un calice argentés du XIXème siècle.

Avant la création du cimetière extérieur, le cimetière se trouvait autour de l’église. Voilà pourquoi il reste encore des dalles funéraires sur les murs extérieurs de l’église.

Derrière l’église extérieurement une plaque rappelle la donation de la sacristie :
« À la mémoire de M. C. Joséphine Daby, veuve Labruyère, décédée le 26 février 1841 (57 ans), femme vertueuse, bonne épouse. Ses enfants désirant consacrer son souvenir et leurs larmes par un monument utile ont offert à la religion et à cette paroisse cette sacristie où ses cendres reposent ».
On trouve aussi à l’intérieur trois tombeaux aux inscriptions dans la prière.
Près de la table de communion: « Claudine Dury, épouse Joseph Étienne Dury ».
Au milieu de l’église : « Ici est décédé le 1er (X bre) 1773 ( ) Depinay Épouse de Philibert (Feyssie) Lecteurs priez pour elle ».
Le troisième près du mur sud Les inscriptions sont presque illisibles. « Ce …….tombo…….Balmon…..1684……MOP ».
Un monument dont voici le texte du 28 mars 1684 semble se rapporter à cette inscription.
« Jean Balmont, marchand de Lancié paie un banc de 4 pieds carré de l’église et se réserve sous ce ban une tombe pour y être enterré si bon lui semble en payant pour chacune des personnes qui seront enterrées, 10 livres qui seront employées aux réparations ».
Dans la sacristie existe une inscription : « M.C.J Danby décédé en 1851 ( ) à la paroisse ( ) enfants ( ) aux murs près de la ( ).
Quinze prêtres ont officié de 1649 (début des registres paroissiaux) à la révolution:
En1649 : Jullien, vicaire, Relange, vicaire, Auloup, vicaire,
1656 : Narboud, curé,
1659 : de Lachize, curé,
1704 : Voland, curé,
1710 : Greppo-Girard, curé,
1746 : Baritel, curé,
1766 : Depardon, vicaire puis curé, Reboul, vicaire,
1782 : Marchand, curé.
Rq: Le curé a la charge d’une paroisse. Les vicaires sont les autres prêtres qui aident les curés et les secondent dans cette charge.

L’église de Lancié au début des années 1900.