Eglises et chapelles du Beaujolais du Moyen âge au 19e siècle

Publié le 10 février 2026

Conférence à l’Académie de Villefranche le 11 octobre 2025

Par Olivier Chanus, membre de l’Académie, diplômé de l’École d’architecture de Lyon (2001) et de l’École de Chaillot à Paris (2005), il a une grande expérience dans le domaine de la restauration des monuments historiques. Il est membre de l’ICOMOS (Conseil international des Monuments et des Sites, UNESCO) et de plusieurs associations en lien avec le patrimoine historique et architectural.

La restauration de plusieurs églises permet dans le cadre de ces chantiers d’avoir accès à des zones en hauteur inaccessibles en temps ordinaire : cela permet de faire de précieuses constatations !

1 Eglises romanes : Beaujeu  

 

Les bras du transept, la croisée avec le clocher qui la surmonte et la travée contiguë du chœur sont classés au titre des monuments historiques en 1909. La totalité de l’église et des parcelles sur lesquelles elle se trouve, à l’exception des éléments déjà classés, est inscrite au titre des monuments historiques le 23 juin 2020.

L’église a été construite au début du XIIe siècle par Guichard II de Beaujeu. Selon la légende, elle a été fondée à l’emplacement d’un étang à l’endroit où son fils se serait noyé. Elle a été consacrée par le pape Innocent II en 1129 accompagné d’évêques et de l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable.

 

 

 

 

 

 

La façade orientale a été démontée en 1930 puis déplacée de 2 mètres en arrière pour la circulation ! 

Lors des travaux de rénovation, l’accès aux combles a permis de connaître la disposition de l’église d’origine : les tuiles creuses étaient posées directement sur la maçonnerie (comme à Belleville). De même 3 oculis ont été murés car ils se sont retrouvés à l’intérieur du bâtiment suite à la surélévation.

 

 

 

La coupole sur trompe était très courante au 12e siècle, et assez audacieux : le plan carré symbolise la terre, tandis que la voûte ronde symbolise le ciel.

Les chiffres arabes ne sont apparus en France que vers le 13e siècle, avant on utilisait uniquement les chiffres romains. Les constructeurs faisaient donc appel à la géométrie et aux proportions… pas à l’arithmétique !

Les chapiteaux datent du 12e siècle. Ils représentent du végétal, certains sont très aboutis, d’autres justes « dessinés » mais non taillés, certainement parce qu’ils n’ont pu être terminés.

   

Les vitraux datent du 15e siècle, ce sont des témoins rares et précieux de l’époque (personnages, vêtements, paysages, outils, …). Voici l’avant-après de la restauration : couleur/transparence. Ils ont été remontés au 19e siècle mais il existait des contrastes entre les différents verres. Ils ont été remplacés pour conserver une unité, et avoir une lecture homogène et cohérente. (La grisaille a été reprise: les maîtres verriers utilisaient cette technique de peinture sur les vitraux pour créer des détails et des nuances).

De gauche à droite: St Benoit de Nursie – St Alphonse (évêque de Naples) – St Antoine de Padoue (avant/après restauration)

St Nicolas (patron de la paroisse qui ressuscite les enfants sortant d’un saloir) – St Michel – St Jean Baptiste

St Crépinien – Vierge au pied de la croix – St Crépin, patrons des tanneurs

Des doubles verrières ont été installées pour servir de protection (pas de grillage) qui jouent un rôle de protection pour la sécurité mais surtout contre la condensation et laissent la transparence.

Belleville :

 

C’est un édifice majeur de l’art roman de la région de par son architecture et ses dimensions (63 m de long ,28 m de large). C’est l’une des plus grande de la région : l’Abbaye d’Ainay à Lyon mesure 37m… Sa construction, commencée en 1168, dure seulement 11 ans ! Ce qui est remarquable. L’église est dédiée à la Vierge Marie et consacrée en 1179. Classé monument historique en 1862.

 

Notre-Dame fut à l’origine l’église d’une abbaye avec cloître. A la fin du XIIe siècle, Humbert III, sire de Beaujeu fonde une abbaye de l’ordre de Saint Augustin dont l’église sera abbatiale, paroissiale et nécropole des membres de sa famille. Les tombeaux (une quinzaine) ont été détruits à la Révolution mais on lit très bien leur emplacement dans la 2ème travée.

 

 

Il semble qu’au départ 3 tours étaient prévues pour réaliser 3 clochers, comme à Cluny, avec la base d’une tour octogonale. Le clocher nord brûlé par les Huguenots ne sera pas reconstruit. Il est possible qu’un troisième clocher, jamais construit, était prévu sur la croisée.

 

 

 

                                                                                                            Datant de la fin du 12e siècle, elle est romane dans son ensemble. Mais elle a des spécificités gothiques : la nef possède des voûtes à croisées d’ogive. Certaines sont plus régulières car elles ont été reconstruites au 14/15e siècle !

Les piliers des 9 travées, présentent à mi-hauteur des consoles symbolisant les vices et les vertus. Les chapiteaux sculptés de motifs floraux : feuillages, pampres, fleurs, volutes et rinceaux. Les 6ème, 7ème et 8ème travées sont reprises et ornées de trois clés de voûtes armoriées aux armes des seigneurs de Beaujeu, d’Éléonore de Beaufort-Turenne et des Bourbon-Beaujeu.

 

Le clocher est massif, il sera reconstruit au 13e siècle avec ses arcs et ses chapiteaux à crochets. Les bâtisseurs travaillaient pour Dieu, ce qui explique l’importance des détails !

 

Les chanfreins ont été mis en évidence, même à l’intérieur de l’église lors de sa rénovation en 2004. Il est à noter que dès l’origine, l’église a été construite en entier : le sol a été aplani et les fondations construites d’un seul tenant.

 

 

L’église est assez massive. Il faut noter l’évolution des techniques et leur maîtrise, par exemple sur les roses qui apparaissent dès le 12e siècle. La 1ère n’est pas parfaite, elle est simple. Côté nord, elle est plus sophistiquée. La 3ème rose est sur la façade occidentale.

 

2 Peintures murales médiévales

Les peintures étaient fréquentes, c’était des éléments très importants pour leurs couleurs et leurs représentations… mais fragiles. Il existe de beaux exemples en Beaujolais. Les peintures devaient être refaites tous les 50 ans ! Celles qui nous sont parvenues comportent donc une dizaine ou une vingtaine de couches depuis le décor d’origine. C’est une source documentaire pour les vêtements, les armures. L’architecture a parfois négligé cet aspect lors des restaurations de bâtiments. Dans les années 60-70 la mode étaient aux pierres apparentes… certaines peintures ont tout simplement été détruites. Aujourd’hui si on intervient, on cherche la préséance de décors anciens.

Ternand :

Église du 10e et 11e siècles. Lors de fouilles, ont été retrouvées des tombes mérovingiennes. Dans la crypte des peintures datant du début du 13e siècle ont été découvertes en 1948, lorsque les enduits ont été retirés.

Ce tenant appartenait aux archevêques de Lyon, face aux seigneurs de Beaujeu, d’où la mise en œuvre remarquable. (Rénovation en 2022/2024) : 12 personnages, 2 par 2, certainement les apôtres.

 

 

 

Lacenas : chapelle St Paul du 11e siècle. Lors de la rénovation de 1979, des peintures murales (du 14e siècle) ont été découvertes et ont été rénovées entre 1980 et 1982 : annonciation, nativité, adoration des bergers, puis des Rois Mages, et aussi toilette de l’enfant, massacre des innocents, fuite en Égypte, jugement dernier, et têtes d’apôtres peints dans des médaillons.

Eglise de Taponas (fermée car état préoccupant): autre exemple de peintures murales. Elle a été largement reconstruite au 19e siècle (1858) : le chœur et le clocher anciens ont été aménagés en crypte et donc conservés. Des infiltrations ont lieu par les toitures et impliquent la présence d’algues en raison de l’humidité. Elles sont à traiter, retirer et stabiliser… depuis 1955 aucune intervention.

 

3 Eglises du 19e siècle :

Beaucoup d’églises ont été détruites à la Révolution et en raison de la croissance démographique, il fallait des églises plus grandes ! L’implantation dans le paysage impose que le clocher soit visible, c’est un point de repère important. La religion est au coeur de la vie des hommes, elle rythme la vie quotidienne. On recherche la protection divine pour le vignoble.

Fleurie :  C’est une des plus grandes du Beaujolais (50m). Achevée en 1862 dans le style Néo-gothique par l’architecte Tony Desjardin, elle a un style très pur, très homogène : clocher, nef, chaire, stèle, chapiteaux : l’architecte dessine tout !

 

Des bourgeons sculptés en haut des chapiteaux et qui s’ouvrent de plus en plus selon l’orientation à la lumière !

       

 

 

Chapiteaux avec des chiens

Régnié Durette :

Style complètement différent du style néogothique. Le plan date de 1867, dessiné par l’architecte Bossan. La construction remonte à 1868/1869 pour les parties principales. Les finitions ont été plus longues…

 

 

La construction est proche de celle de Fouvière qui démarre en 1872, et dont les plans ont été dessinés dès 1850. Son implantation est en bordure de commune, avec le chevet construit sur la crypte et qui domine le paysage. L’abside centrale accueille deux clochers.

 

 

 

 

Les travées sont plus larges ou plus étroites, (ci-contre: plan de l’église de Fourvière en haut, de Régnié en bas)

Le voûtement dans la nef est aussi proche : voûtes bombées et en plein cintre sur les côtés. Il faut alléger les supports des piles du centre pour cloisonner les collatéraux en gardant une vision plus fluide et plus ouverte.