Belleville en Beaujolais

Publié le 12 avril 2026

« A la découverte de Belleville historique » balade commentée, organisée par l’Hôtel Dieu, Jeudi 9 avril 2026.

Depuis la haute antiquité Belleville et la Saône sont liées au sein du Beaujolais. Occupée depuis la préhistoire, la ville est fondée par Humbert III, sire de Beaujeu, de retour de croisades. Il entoure la ville de remparts et y fait construire un prieuré en 1158 qui deviendra une abbaye en 1164. À la mort de son premier fils, Guichard, Humbert III fait de Belleville le lieu de sépulture de la famille de Beaujeu. Belleville est alors dotée d’une charte de franchise, qui comportera 46 articles détaillant les droits et devoirs des bourgeois (habitants du bourg). La Saône permet d’effectuer du commerce, de bois, de blé, d’huile et de vin. En 1400, Edouard II, criblé de dettes et sans héritier, est contraint de céder la seigneurie de Beaujeu et tous ses biens à Louis II de Bourbon. Anne et Pierre de Bourbon assureront le développement de la région. Après une prospérité de près de deux siècles, Belleville connait la lèpre, la peste, les destructions et pillages pendant les guerres de religion au XVIe siècle.

En 1522, le Beaujolais, terre de frontière entre le Royaume de France et le Saint Empire Germanique, les Comtes chanoines de Lyon et le Comté du Forez est confisqué. En 1523, le domaine de François Ier s’étend alors jusqu’au Beaujolais, puis la région, érigée en comté, passe dans la maison d’Orléans. (source Wikipédia)

La Saône a toujours été un axe pour le commerce, et a impacté la ville par ses crues. Le centre historique moyenâgeux, entouré de remparts, dont il a gardé la forme circulaire, s’est développé autour de deux axes principaux (rue de la République, rues de la Poste et Victor Hugo, divisant la ville en quatre quartiers (NE Pierre Prost, SE de l’église, SO des Potissières, NO des moulins) quadrillés de venellesLa visite part de l’Hôtel Dieu : il fut construit au début du XVIIIe siècle pour accueillir les pauvres de Belleville et des paroisses environnantes. Il a fermé ses portes en 1991, après avoir été lieu d’accueil, centre de soins, hospice, mais aussi maternité.

Crédit des photos noir et blanc : https://stephane-guillard.over-blog.com/2014/07/belleville-sur-saone-en-images.html

Rue du moulin : On y trouvait deux moulins qui servaient à moudre les grains (blé, orge, avoine) pour faire la farine, base du pain. Le pressoir servait à presser les grains pour fabriquer de l’huile. Le battoir écrasait le chanvre, plante textile cultivée au Moyen-Age avec laquelle on fabriquait des vêtements, des cordages… on peut apercevoir la meule verticale dans la maison à côté (avec un Yucca dessus). On entend parfois parler de promenade ou rue des godiches, cela vient de l’ancien français : godérer = patauger, dans un lieu où l’eau est présente.

L’étang, l’écluse, le bief . Le cours d’eau qui traverse Belleville est une dérivation de l’Ardières d’où son nom, le Darderin, est alimenté par la retenue sur le bief au-dessus de la rue du moulin visible dans le parc. Il permettait aux moulins de fonctionner d’eau les fossés de la ville, à remplir aussi aux lavandières de venir laver le linge (au XVIIIème siècle) . Il était utile pour distribuer les marchandises venues par la Saône et qui remontaient par une petite barque une grande partie de Belleville. Il servait également de vivier à poissons permettant de les conserver dans des sortes de caisse avec des barreaux très serrés pour qu’ils ne s’échappent pas. Au Moyen-Age il y avait environ 200 à 250 jours où la religion catholique imposait de ne pas manger de viande. Cela ne concernait que les gens riches, les pauvres en consommaient rarement ! L’étang a disparu, le bief a été recouvert en 1960.

Monument aux morts, inauguré en 1921, au départ il n’était pas sur cette place mais en bas de Belleville, vers la bascule. Il a été déplacé en 1967/1968 lors de l’aménagement du nouveau rond-point à l’entrée la ville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mairie a changé trois fois de lieu (voir plus bas dans le compte-rendu). La mairie actuelle est inaugurée le 22 février 1951 dans l’ancienne maison de vins Cabut. Le magnifique caveau devient lieu de fêtes en 2010. Le parc et la maison de Francis Popy sont achetés en 1977. Francis Popy est né à Lyon en 1874, décédé en 1928 à Belleville ou il vivait depuis 1909. Il laisse une œuvre magistrale, environ 401 compositions orchestrales et la musique de 144 chansons, jouées aussi bien par les orchestres symphoniques de Berlin, Vienne… que dans les bals, les jardins, les kiosques, les cafés. En 1994 un extrait de l’œuvre est joué dans le film de James Cameron Titanic.

 

Les armes de Belleville :« D’azur (= bleu) à une salamandre d’argent (= blanc) dans des flammes de gueules (= rouge)». Les croyances attribuent à la salamandre la capacité de survivre au feu. L’écu est complété par le verbe latin « DURABO », signifiant : je durerai. En effet Belleville fut pillée, brûlée, saccagée au cours de son histoire, mais elle s’est toujours relevée de ses ruines.  Au-dessus de la salamandre est visible une couronne fortifiée, comme est la ville.

 

 

 

Au 72 rue de la République, on voit le haut de l’arc de l’Auberge Braillon (photo de gauche) (D’après Belleville en Beaujollois de Francis Mandy) … la route étant trop pentue il a été décidé de réaliser une pente plus douce pour cette route très fréquentée. En effet au milieu du 19e siècle, de nombreuses marchandises arrivent par bateaux et aussi par le pont ouvert sur la Saône. La création de la voie ferrée en 1854 et donc de la gare, implique de nombreux déplacement sur la route de la Saône à la Loire (actuelle rue de la République), ceux-ci étant fait en chariots tractés à cheval : la pente étant trop raide, la chaussée est « écrêtée » en 1863 ; cela concerna les maisons jusqu’à l’Hôtel Dieu inclus. Il existe de nombreuses navettes hippomobiles qui relient le port- le centre-ville – la gare : jusqu’en 1920, 8 par jour ! L’accès aux commerces a donc été soit bouché, moyennant une indemnité, soit conservé (côté droit en direction du port), ce qui explique les marches, et le niveau d’entrée bien plus bas (photo de droite).

L’hôtel Dieu fut créé en 1733, avec son apothicairerie, avant c’était une « maison Dieu » tenue par un couple de civils qui comptait 4 ou 5 lits pour accueillir des gens pauvres.

Avant, et faute de chirurgiens, c’était souvent les barbiers qui pratiquaient les petites interventions.

Lors de l’épidémie de lèpre, un lieu d’accueil excentré fut créé, rue de la maladière au bout du quartier Aiguerande vers la nationale. Concernant les malades qui y étaient accueillis (jusqu’à leur décès), une cérémonie était organisée avant leur départ : des obsèques qui signifiait leur séparation des humains. C’était une marque de respect, puisqu’ils ne pourraient pas avoir de cérémonie lors de leur enterrement pour éviter toute contagion. Lors de leurs déplacements les lépreux utilisaient une clochette prévenant de leur arrivée, permettant aux personnes de déposer les offrandes et de se mettre en retrait.

  

 

Entre le 55 et le 57 rue de la République, caché derrière une poubelle de la ville, une borne hectométrique n°3, qui correspond à la distance de 1km 300 de la Saône. Il subsiste 6 bornes hectométriques et 3 bornes kilométriques, toutes du même côté, sur la route reliant la Saône au col des Echarmeaux. L’expression « j’ai parcouru 10 bornes » vient de là, comme le jeu des 1000 bornes!

 

 

En 1840, (voir repère au croisement de la rue de la République et de la rue Victor Hugo), c’est la crue majeure de la Saône : elle est arrivée jusqu’aux marches intérieures de l’Hôtel Dieu !

12 rue Victor Hugo : la plaque indique : 6 – 9  1840

Mais il s’agit bien du mois de novembre (de neuf, neuvième mois de l’année dans le calendrier romain républicain qui sera remplacé par le calendrier Julien adopté par Jules César en 46 av JC). Le calendrier grégorien, utilisé aujourd’hui apparaitra vers 1565 et ajoutera les mois de janvier et février, décalant la numérotation de septembre (7), octobre (8), novembre 9) et décembre (10). Pendant la révolution, les noms changeront en vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse…

 

Rue du four banal (passage à pied entre les n° 17 et  19 de la rue Victor Hugo) Vestige de l’ancien four commun, c’est-à-dire qui servait à la communauté puisqu’il était interdit d’avoir un four chez soi. Il en était de même pour le moulin. Leur utilisation était soumise à l’impôt versé au seigneur (à l’époque féodale) et utilisé pour l’entretien de la ville. Les banalités ont été supprimées à la Révolution.

 

 

 

 

Ancienne photo prise au 6 rue François Bourdy : la façade a été transformée, l’escalier supprimé. Cette rue accueillait la porte de l’abbaye…

 

 

 

À la fin du XIIᵉ siècle, Humbert III, sire de Beaujeu, fonde une abbaye de l’ordre de Saint-Augustin dont l’église sera abbatiale, paroissiale et nécropole des membres de sa famille. Elle seule a survécu aux guerres de Religion et à la Révolution. D’une époque de transition, elle est romane dans son ensemble, mais voûtée de croisées d’ogives sur les travées de la nef et du chœur. Commencée en 1168 et consacrée en 1179, Notre-Dame est surmontée d’un clocher de 30 mètres de haut. Au XVᵉ siècle, le chœur est surélevé en gothique. La façade ouest présente une magnifique rosace datée de 1175, l’une des premières connues. Elle mesure 63 m de long et 28 m de large, la plus grande du Beaujolais. Au sud, un chapiteau d’une porte latérale donnant sur le cloître présente une intéressante sirène à deux queues. L’intérieur est riche en sculptures : chapiteaux, consoles, clefs de voûte aux armes des sires de Beaujeu. Classée monument historique en 1862, après l’extérieur, elle bénéficie actuellement d’importants travaux intérieurs qui dureront plusieurs années.

Une partie des remparts est encore visible dans la propriété de l’office notarial : 65 m de long, entre 2m et 2,5 m de large, jusqu’à 3 m de haut. Ils encerclaient la ville, et l’on ne pouvait pénétrer ou sortir de la ville que par quatre portes fortifiées. Les matériaux employés pour leur construction sont hétérogènes : pierres, briques, galets, … Des corbeaux sont visibles : ces éléments encastrés qui dépassent permettaient de poser des extensions en bois en cas de conflits (photo de droite).

Anciennement emplacement du cimetière et/ou d’une fosse commune, l’installation de ce bâtiment entraina des conflits avec l’abbaye juste à côté. Le théâtre de la Grenette était au départ un lieu de stockage de grain où se faisait aussi souvent la vente. Les échanges entre la Dombes et le Beaujolais étaient nombreux. Avec l’arrivée du chemin de fer, son importance et son utilité ont progressivement diminué. Il a été transformé en théâtre en 1925.

La tête noire ou memento mori : (rue Joseph Pillard) « souviens-toi que tu vas mourir », cette sculpture sur la façade du mur représente un visage, moitié vivant, moitié mort. A-t-elle toujours été là ou a-t-elle été déplacée? Ce genre de sculpture était souvent placée vers des maisons Dieu où les corps des défunts étaient exposés.  A noter juste en face : le Portail Entrepôts Épicerie Parisienne, sous le linteau en bois, l’inscription : « Remise de la tête noire » est encore lisible.

 

La ville était sous la dépendance des Sires de Beaujeu, mais s’administrait elle-même. La maison de la Tour (angle rue de la République – rue Victor Hugo) était à la fois maison de justice, prison, lieu de conservation des poids et des mesures, des archives, chapelle servant aux offices lors d’inondations de l’église. Avant la révolution, c’était une maison seigneuriale. Des pétitions ont été faites car elle menaçait de s’écrouler. La tour est toujours visible.

 

La mairie déménage en 1818 dans l’ancienne chapelle des Pénitents Blancs rue de la poste. Le bâtiment est agrandi par étapes successives… reconstruit en 1913 et devient possession de la poste en 1951. L’église finira par être détruite, la cloche est maintenant à l’église St André, vers la gendarmerie.

Carte interactive pour visiter Belleville en Beaujolais :

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